10 janvier 2022

Bénabar : "En amour et en amitié, je crois en la fidélité"

  • Bénabar Bénabar DR - Julot Bandit

L'essentiel : Privé de tournée depuis près de deux ans, Bénabar a décidé de « ne pas lâcher l’affaire ». Il a sorti deux albums en 2021 dont le dernier, « Indocile heureux »,comprend un duo avec Renaud. Avant de remonter sur scène dès février.

« On lâche pas l’affaire », affirme Bénabar dans une chanson qui ouvre son nouveau disque et lui donne son titre. Il le prône, un peu bravache : quand on tombe, on se relève ; malgré les déboires, « on tient bon, jamais battus ». Pour lui, « la vie, c’est faire du patin à glace pour la première fois ». Si possible avec la femme de sa vie, des enfants, des copains et le plus loin possible des réseaux sociaux qui poussent à « mentir à tue-tête ». Amour, amitié, fraternité : trilogie que Bénabar met à nouveau en exergue, se moquant bien des tristes sires qui lui reprocheront de pécher par excès de naïveté...

Deux albums si rapprochés : vous vous prenez pour Jul ?

La démarche n’est pas si éloignée. Mais si le rythme de production des rappeurs est très adapté aux plates-formes, le mien tient ici au fait qu’on s’était tous très bien entendus lors de l’enregistrement d’« Indocile heureux ». Et qu’on voulait se retrouver très vite ; profiter de l’enthousiasme, du souffle qui nous avaient portés.

« On lâche pas l’affaire », chantez-vous pour commencer votre disque. Vous parlez de votre métier ou au-delà ?

Nous, les artistes, ne sommes pas les plus mal lotis. Et moi, je me sens privilégié. Et pourtant, j’ai plutôt tendance à voir le verre à moitié vide. Alors je lutte, je m’efforce d’être joyeux, lumineux… ce qui n’est pas dans mon caractère. Il y a tant de raisons de déprimer, de se morfondre…

L’amour et l’amitié sont vos thèmes favoris. Comment les aborder différemment ?

Tous les artistes, je crois, ne font que ressasser les mêmes obsessions, user jusqu’à la corde trois ou quatre thèmes. La difficulté est de ne pas se répéter, d’essayer de trouver de nouveaux angles. Pour ne pas m’enfermer dans un truc, éviter le bébête et le mièvre, je fais écouter mes chansons à quelques personnes très proches. En leur demandant de ne rien laisser passer.

Ecrite par Pierre-Yves Lebert, la chanson « Monogame » associe « aventures » et « fractures » et loue donc la fidélité au long cours. Histoire vécue ?

Je crois à la fidélité en amitié, dans le couple et en matière artistique. Je n’ai jamais eu cette terreur un peu adolescente du quotidien, ce culte du coup de foudre, de la passion des premiers jours. Le quotidien n’est pas forcément routinier, il peut être source d’une vraie poésie. La vie de famille n’est certes pas un long fleuve tranquille mais elle m’inspire et me touche.

Et l’amitié ?

Je suis un homme à copains, j’en ai toujours eu beaucoup autour de moi. Des copains de 40 ans, c’est très rassurant. Quand on se voit, c’est un cliché à la Claude Sautet : on boit des coups de rouge, on refait le monde, on se frite sur la politique.

Votre album comprend un duo avec Renaud intitulé « Chez les Corses ». Comment l’avez-vous convaincu de sortir du silence ?

L’histoire est parfaitement simple et totalement autobiographique : nous avons tous les deux une maison dans le Luberon et nous nous voyons souvent. Ce n’est pas du storytelling, un truc artificiel : nous allons régulièrement chez deux Corses qui tiennent un restaurant près de Gordes. Ce que je raconte donc dans la chanson.

Que représente Renaud pour vous ?

C’est une des grandes références en matière de chanson française. Un vrai poète, avec un propos, de la profondeur. Et en même temps, il passe à la radio, on peut siffler ses chansons sous la douche. Il est aussi bon quand il est grave, avec « Mistral gagnant » que quand il s’amuse avec « Le retour de Gérard Lambert ». J’aime son second degré, sa tendresse me touche.

Le disque se conclut avec « Une âme de poète (suite) ». Pourquoi reprendre et poursuivre une telle chanson ?

Ce personnage que j’avais commencé à interpréter sur scène parle plus qu’il ne chante. Dans un registre très Sacha Guitry. Je n’avais pas fini de traiter du sujet entre ce qui est chic et ce qui est vulgaire, ce qu’est ou pas le bon goût. Certaines personnes parlent très bien et disent des choses ignobles. L’élégance doit être dans le sentiment plus que dans le phrasé. Et les hommes politiques ne sont pas les seuls concernés. J’ai un copain qui a été viré d’une grande boîte. On lui a dit : « On a décidé de vous laisser partir ». Cette grande violence, on la constate tous les jours.

Source : https://www.ladepeche.fr/2021/12/31/benabar-en-amour-et-en-amitie-je-crois-en-la-fidelite-10021302.php