Bénabar : “Je ne suis pas le plus grand fan de mes chansons”

Publié le Publié dans Presse 2014
Dans quel état d’esprit avez-vous abordé “Inspiré de faits réels” ?
Plutôt joyeux, avec une envie de faire quelque chose de direct et de chaleureux. Je voulais un contact un peu charnel avec les chansons, et elles s’y sont prêtées. Tout était très cohérent, comme le fait de jouer avec mes musiciens de tournée. J’étais très influencé par la chanson française traditionnelle, je voulais essayer d’avoir un recueil de nouvelles, de capter l’attention dès le début de la chanson.
Dans l’album précédent, vous clamiez “les bénéfices du doute”. Ce disque s’est-il fait plus naturellement ?
Oui, même si on a énormément bossé. C’était laborieux, mais avec mes musiciens, nous sommes parvenus à trouver un résultat fluide. C’était très agréable au final. J’espère que c’est mon expérience qui m’a apporté la maîtrise, fatalement, au bout de quelques années de métier. Mais parfois ce sont les albums les plus compliqués qui sont les plus réussis. Je crois assez aux sources souterraines de la création, il ne faut pas chercher à aller contre ce qui vient.
Avec le recul, comment jugez-vous vos albums passés ?
Je ne suis pas le plus grand fan de mes chansons, je ne les trouve pas forcément impérissables. Je les revendique, mais je ne me pose pas la question de la qualité, je les fais du mieux possible ! C’est aussi une discipline d’auteur, si on commence à s’autocongratuler, on n’a pas fini. Je sais que certains de mes confrères font ça, mais c’est un choix de carrière particulier. Je réécoute mes albums seulement quand je pars en tournée, c’est là que je parviens à avoir un regard objectif, sans jamais aucun rejet.
Assumez-vous de faire de la chanson populaire ? 
Oui, on en parle souvent comme quelque chose de racoleur et de commercial, alors qu’il y a aussi une volonté artistique de s’adresser au plus grand nombre. C’est un choix, comme le font ceux qui font de la chanson élitiste, d’élaguer une partie du public. Cet album en est l’aboutissement, même si je ne m’en suis jamais caché.
“Une bonne chanson, c’est comme une histoire drôle”
Rapprochez-vous votre travail de celui d’un humoriste de stand up ?
Oui, je me considère un peu comme un chansonnier. Je comprends toutes ces références et j’ai commencé comme ça dans les bistrots, on se répondait avec mon acolyte, c’était comique du début à la fin. Une bonne chanson, c’est comme une histoire drôle, raconter une anecdote en un minimum de temps, même pour les plus tristes. Et si tout se passe bien, tu la répètes à tes amis, tu la siffles sous la douche.
Avez-vous appris à être chanteur sur le tard ?
Oui, c’est quelque chose de plus assumé maintenant. J’ai toujours fui en courant le terme d’artiste, c’est tellement galvaudé que ça n’a plus de sens. Avoir une démarche artistique en revanche, je commence à y prendre goût et ne plus avoir peur. Je ne me cache plus derrière le second degré. Ce qui est nouveau, c’est que la musique commence à prendre autant d’importance que le texte.
En novembre dernier, vous aviez étonné en posant nu dans Paris Match
Je l’ai fait très simplement, sans chercher à interpeller. Je suis content d’avoir été assez naïf dans cette histoire. Le matin de la parution, je me suis quand même demandé ce que j’avais fait. Au début, ça a pris des proportions énormes, et puis naturellement ça s’est retourné en ma faveur, les réactions sont restées très bon enfant. Avec le recul, ça m’amuse, il y a une petite satisfaction personnelle d’avoir foutu le bordel 5 minutes, même si ce n’était pas ma volonté première. De façon générale, je n’ai pas de regrets, parce que je ne fais rien pour les mauvaises raisons, pour toucher une grosse somme, pour soigner mon image ou pour faire plaisir.
Pourquoi ?
J’ai eu la chance et le privilège de pouvoir dire non plein de fois, ce que tout le monde ne peut pas faire. Quand je n’en ai pas envie ou que je ne comprends pas forcément la proposition, je refuse. Et ça me rend un peu invulnérable. Ça m’est arrivé de refuser des propositions au cinéma, parce que je ne pensais pas être la bonne personne. Je ne crois pas que les chanteurs puissent jouer tous les personnages, nous n’avons pas forcément toute la technique ou l’expérience. Il faut bien servir le film, et ne pas le faire pour passer à l’écran.
Au début des années 1990, vous gagniez plusieurs prix pour “José et Jeannette”, un court métrage que vous aviez réalisé. Que reste-t-il de ce Bruno là ?
Au final, je fais toujours un peu la même chose, j’ai vieilli mais ce que j’ai n’est pas si éloigné. J’essaye toujours d’écrire, de déclencher des sentiments chez la personne qui m’entend. J’ai la chance de pouvoir m’exprimer aujourd’hui, donc je n’ai aucun remords de ne pas avoir poursuivi dans cette voie.
Votre vie personnelle stable (marié, deux enfants) vous permet-elle de garder la tête froide ?
Même si je n’ai pas la vie de tout le monde, je sais que j’ai une vie privilégiée, mais je suis entouré d’amis dont certains me côtoient depuis la maternelle. Je crois assez aux carrières à l’ancienne, sur la longueur. Je n’ai jamais été un phénomène de mode, et ça me va. Je pourrais être attiré par le showbiz si j’étais célibataire, sans enfant, mais ce n’est pas le cas. Je ne suis jamais parti sur un coup de tête à Los Angeles pour faire la bringue, mais ça viendra peut-être ! (rires)

NOTRE AVIS : Une nouvelle salve réjouissante

Bénabar ne fléchit pas. Son septième album continue de décortiquer avec malice certains travers de nos contemporains. Homosexualité, soirées arrosées, paternité, tous les sujets sont passés au crible de sa plume tendre, même les plus caustiques. Et le quadra en profite pour affiner son sens de la mélodie avec des titres forts comme “Belle journée”, “Sur son passage” ou “La forêt”.

 

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