Bénabar : “le capitalisme n’est ni bon ni mauvais”

Publié le Publié dans Presse 2011
Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce rôle de tueur à gages pourchassant un grand patron ? L’attrait pour une forme d’engagement au moment où le train de vie de certains d’entre eux fait scandale ?
Ce qui m’a plu dans la pièce, c’est la joute oratoire entre ces deux hommes. La partie polar n’est qu’un prétexte. Ce qui compte, ce sont les rapports entre deux esprits brillants qui s’affrontent mais au fond s’apprécient. La pièce ne met pas en scène un débat entre un “méchant” patron et un “gentil” prolétaire. Elle a un côté plus tordu et plus pervers. Les deux personnages sont profondément méchants. Le tueur à gages ne révèle ses intentions que petit à petit. Il pousse le patron dans ses retranchements. Quant au patron, on comprend qu’il a utilisé ce même tueur à gages, sans le savoir, pour se débarrasser d’un concurrent quelques années plus tôt…
La fin de la pièce est particulièrement perverse. Une forme de désillusion vis-à-vis du capitalisme ?
Le patron ne cède pas au chantage du tueur à gages. Il préfère sacrifier son propre frère plutôt que de se suicider. Il y a deux tueurs, mais il y en a un qui gagne tout le temps, celui qui embauche le tueur. Le vrai monstre, c’est le patron. Il est dans la négociation pure. Mais la pièce traite moins du rapport patron-prolétaire que du rapport dominant-dominé. Aujourd’hui, le dominant est associé à la figure du patron mais ceux qui écrasaient jadis les autres, c’étaient les nobles. Une classe qui vit au-dessus des autres, cela peut être les patrons, mais aussi les stars de la chanson ou du cinéma. La classe des dominants, c’est celle des personnes qui pensent que tout est permis et qui n’a jamais de sang sur les mains.
Que représente aujourd’hui pour un quadragénaire comme vous le capitalisme ? Un mal nécessaire, le diable ?
Le capitalisme n’est ni bon ni mauvais. Quand j’ai entendu Nicolas Sarkozy dire qu’il fallait “moraliser le capitalisme”, j’ai trouvé cela grotesque. Le capitalisme n’est pas une personne. Le capitalisme, c’est comme un fleuve, parfois il n’est pas gentil, il déborde et tue des gens. Mais un fleuve n’a pas de volonté de nuire. Il faut en permanence le contrôler et construire des digues, sinon il inondera des villages entiers comme on le voit souvent. Le capitalisme détruit, mais il a aussi apporté de nombreux progrès.
Vous ne faites pas mystère de vos sympathies pour la gauche. Que vous inspire la politique aujourd’hui ?
J’ai un sentiment d’attente et de consternation devant le vide politique. Entre Christine Lagarde qui nous dit de moins utiliser la clim et Anne Sinclair qui déclare qu’elle n’a pas envie que son mari fasse un second mandat au FMI, on a l’impression qu’on nous parle comme à des gosses. Je suis inquiet de constater à quel point le débat politique est déserté. Il n’y a plus que de la com, des slogans, des réactions à chaud et des histoires de sondage pour 2012. Et pourtant j’aime la politique : qu’y a-t-il de plus utile et de plus intéressant qu’un bon débat ?

Le nouvelle observateur

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