Bénabar: “Faire un disque, c’est toujours aussi dur”

Publié le Publié dans Presse 2011
Il paraît que vous n’avez jamais été aussi serein...
C’est vrai que je suis plutôt détendu par rapport à cet album. Je l’assume entièrement, de la première à la dernière note. J’ai l’impression d’avoir été au bout de mes idées. Mais c’est le public qui décidera, au bout du compte !
Pourquoi avoir appelé l’album Les Bénéfices du doute ?
Je fais référence à la période d’écriture, que j’ai toujours trouvée angoissante, comme le moment où je me projette sur ma carrière, sur la façon dont je suis reçu. Cette fois, j’ai réussi à limiter les questionnements stériles. Je préfère voir le doute comme une avancée, pas comme la peur qui te paralyse. Le doute fut libérateur et constructif !
Cet album sonne presque comme un premier album...
C’est vraiment ce qu’on voulait faire, quelque chose d’immédiat et de direct. Un album que l’on prendrait plaisir à écouter dès le début.
Vous allez fêter vos quinze ans de carrière, est-ce que vous imaginiez en arriver là aujourd’hui ?
C’est aussi pour ça que je suis d’humeur optimiste. J’ai réalisé que c’était une chance d’enregistrer un sixième album. Je mesure à quel point tout n’est pas encore gagné. Je n’ai pas eu le sentiment de m’être trahi ou compromis. Mais attention, je ne me considère pas du tout comme étant installé ! J’arrive juste à me dire que ce n’était pas un malentendu.
Est-ce qu’on repart vraiment de zéro à chaque album ?
Oui, il faut toujours se mettre en danger. On se repose les mêmes questions qu’au début. C’est vrai que l’expérience permet d’avancer plus rapidement, mais elle a aussi ses limites dans la musique.
C’est compliqué d’arriver avec des nouvelles idées ?
Oui, j’ai écrit plein de chansons pour m’ouvrir le champ des possibles, éviter les répétitions et la parodie. Ce qu’on gagne en expérience, on le perd parfois en spontanéité. Faire un disque, c’est toujours aussi difficile. On a beau être solide, il faut rester naturel et frais !
Vous voyez chaque chanson comme un court métrage ?
Je passe beaucoup de temps sur les pitchs des chansons, à essayer de trouver le meilleur angle. Il ne s’agit pas simplement de mettre des mots sur une musique. Et puis j’aime bien trouver une chute pour mes chansons, une sorte de conclusion à la réflexion.
Pascal Obispo a récemment déclaré de façon ironique qu’écri­re des chansons de variété, c’était “con et ringard”. Vous êtes du même avis ?
Oui, ça rejoint la pensée que je développe dans une chanson comme “Politiquement correct”. Certaines personnes n’hésitent pas à adopter une attitude un peu snob, très suiveuse, pour dénoncer la variété. Mais ça fait partie du jeu.
C’est plus facile d’accepter les critiques avec votre vécu ?
Aujourd’hui, je suis tranquille, mais j’ai subi beaucoup d’attaques personnel-­ les et de procès d’intention. Certaines m’ont permis de m’améliorer. Cela dit, j’arrive à déceler quand on n’a pas vraiment écouté mon album. Je suis chanteur, mais j’ai quand même un peu de QI !

Notre avis

Le cap de la quarantaine semble sourire à Bénabar. Son sixiè-­ me album, baptisé Les Bénéfices du doute, contient une nouvelle salve réjouissante de fables réalistes, entre “Les râteaux”, sur les déboires des dragueurs, “L’agneau”, qui se moque avec humour des opportunistes, ou encore “Moins vite”, sur les enfants qui grandissent trop vite. Si certaines formulations peuvent paraître candides à la première écoute, il suffit de gratter un peu pour retrouver ce qui fait la force du chanteur : un sens pointu de l’observation et une analyse de la société et du quotidien parfois proche de certains humoristes. Sur des mélodies enjouées, l’auteur- compositeur n’oublie pas non plus d’injecter une bonne dose de mordant et de nostalgie qui nous cueille par petites touches. Un disque attachant.

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