Bénabar “J’aimerais bien être un chanteur populaire”

Publié le Publié dans Presse 2008
Ainsi, vous seriez quelqu’un d’infréquentable ?
Bénabar. J’aimerais bien avoir un petit côté Pete Doherty, mais franchement, je ne peux pas rivaliser ! Il n’y a pas vraiment de sens caché derrière ce titre. C’est juste pour le côté amusant du mot, plutôt inattendu et efficace. Je dis Infréquentable un peu pour conjurer le sort et qu’on me dise « mais si, t’es fréquentable ! ».
Faut-il voir dans la chanson l’Effet papillon un hymne écolo ?
Bénabar. Je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes. C’est une chanson sur la responsabilité de chacun de nous sur l’avenir de la planète. Ce qui m’intéressait, c’est de partir de la banquise et arriver sur des choses plus légères. Si tu fréquentes assidûment une femme mariée, si son mari l’apprend, il te casse la gueule. C’est une façon plus rigolote d’aborder le truc, une façon de dire que tous nos actes ont des conséquences. C’est parler de l’effet de serre, de la pollution, mais ça vaut pour le chocolat : si tu en manges trois tonnes, tu seras malade. Au début, la chanson était franchement Ushuaïa et donneuse de leçon. C’était juste, mais chiant. Là, je voulais quelque chose de beaucoup plus humain, faire appel au bon sens. L’effet papillon, c’est un peu l’effet dominos, pas loin de la théorie du chaos.
De quelle manière travaillez-vous ?
Bénabar. J’écris chanson après chanson sans jamais penser en termes d’album. C’est lors de sa fabrication qu’on commence à réfléchir en termes de production, de réalisation musicale. On refait toutes les maquettes à la guitare pour que ça sonne différemment, on choisit des ambiances un peu plus anglo-saxonnes, plus pop. Même si je ne suis pas sûr qu’aux oreilles du profane, cela change grand-chose. C’est juste une technique de travail différente. L’objectif était de ne pas s’autoparodier, surtout lorsqu’on a eu un précédent album qui a connu beaucoup de succès, et surtout éviter de se dire : qu’est-ce que les gens attendent de moi ? Il faut essayer d’évoluer, sans changer radicalement. L’important, je crois, est de s’interdire les facilités et ne pas refaire du Bénabar. Sinon, cela ronronne et cela fait suer tout le monde.
Certains vous reprochent des chansons trop souvent tournées vers le quotidien…
Bénabar. Je trouverais malvenu de ne pas écouter la critique, même si je ne suis pas plus philosophe que les autres. Que l’on émette une réserve sur telle ou telle chanson, ça fait partie du jeu même si je ne pense pas parler exclusivement du quotidien. La critique a plus à voir avec mon image qu’avec mes chansons. C’est plus ça qui me pose un problème.
Quelle image pensez-vous renvoyer ?
Bénabar. Celle de la nouvelle chanson française, bobo, parisienne, quotidienne, qui ne parle que des histoires d’amour à trois francs. Je ne veux pas me comparer à Brassens, mais la Canne de Jeanne parle du quotidien, non ? On peut me reprocher de ne pas être juste. Cela dit, ça m’intéresse d’évoquer la vie de tous les jours. Il faut juste faire attention à ce que ça ne devienne pas une mécanique. Aujourd’hui, j’ai peut-être le regard un peu plus aiguisé à force d’observer les choses, et il me faut simplement veiller à ne pas m’endormir.
Comment êtes-vous venu à la chanson ?
Bénabar. Par l’écriture et aussi parce que personne, au début, ne voulait chanter mes chansons. Ensuite, il y a la scène, et ce que cela procure que de se produire devant le public. Tout ce qu’on raconte sur le virus des planches, c’est quand même une réalité. Certaines personnes ne monteront jamais sur scène parce que ça reviendrait à faire du parachutisme et d’autres qui ont envie d’y retourner. C’est un truc qui me passionne, me fascine et m’éclate. C’est aussi beaucoup de frustration, de peur, mais tellement riche d’émotion.
Chanteur populaire, ça vous irait ?
Bénabar. J’aimerais bien l’être un jour. Un chanteur populaire, c’est quelqu’un qui s’adresse à tout le monde. C’est pouvoir parler à un môme, un vieux, un instituteur, un patron de PME. C’est ne pas choisir son public. Faire partie de la vie des gens, c’est la meilleure médaille. Il y a toujours cette ambiguïté entre populaire et populiste. Encore une fois, je ne me compare pas, mais Gainsbourg était un artiste populaire. Ça ne veut pas dire s’abaisser à faire une chanson sur le PMU ou être racoleur.

LHUMANITE – Entretien réalisé par Victor Hache

 

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