Interview : Benabar “Reprise des négociations”

Publié le Publié dans Presse 2005
Bénabar : « Bon on va arrêter tout de suite alors ! Restons en là ! (rire) »
Je peux te poser quand même 2 ou 3 questions ?

 

Bénabar : « Allons y mais brièvement hein ! »
Sérieusement, après une chanson comme « Le Dîner » ta compagne a t’elle encore beaucoup d’amis ?

 

Bénabar : « Non elle les a tous perdu depuis que j’ai sortis ce titre. En même temps elle en avait déjà très peu vu que je m’étais déjà fâché avec eux avant en les insultant tous. »
C’est marrant d’ailleurs que tu évoques De Funès dans cette chanson, d’une certaine manière il te ressemble plus que l’ourson gentil dont tu t’étais fait un personnage dans ton précédent spectacle ?

 

Bénabar : « Moi aussi j’aimerais bien lui ressembler. En même temps je n’ose pas prétendre avoir un tel talent. »
Tes chansons, comme lui ses rôles, tu les attaques toujours sous l’angle de l’humour noir ?
Bénabar : « J’essaye toujours d’apporter à mes histoires un angle décalé et si possible dans le meilleur des cas humoristiques. Quand j’y parviens… car malheureusement ce n’est pas toujours le cas. »
Est-ce que c’est un vice ?

 

Bénabar : « Y a quelque chose d’un peu vicelard effectivement. Cette idée de détourner les sentiments pour les rendre comiques c’est quelque chose qui me poursuit. »

As-tu le syndrome des comiques, c’est à dire que lorsque tu es naturel et pas boute en train les gens pensent que tu es malade ?

 

Bénabar : « Je suis un grand timide alors les gens pensent que je suis vraiment imbus de ma personne et complètement méprisant. Mon public qui m’a vu sur scène juste avant, quand il me voit à la fin du
concert pense que je le prends de haut alors que je n’ose pas leur parler. Cela m’arrive souvent. C’est une vraie malédiction. »
Tu nous décomplexes de nos travers en les rendant vivables et en les mettant noir sur blanc sur la table, est ce que c’est ça ta force c’est à dire de jouer au gentil derrière des cornes de diable ?

 

Bénabar : « Un peu des deux. Je suis plus gentil qu’il n’y paraît mais je suis aussi plus méchant qu’il n’y paraît !. Quand je fais des chansons très méchantes on se rend bien compte que dans le fond ce
n’est pas moi. Je navigue entre deux eaux. C’est encore un peu pervers cette histoire. »
Pas possible ?

 

Bénabar : « Si ! En fait je suis mauvais. J’ai un mauvais fond ! »

Tiens en parlant du « gentil Bénabar » tu pourrais me donner un truc dégueulasse que tu as fais récemment ?

 

Bénabar : « Heu… j’ai tué une vieille… hier pour lui piquer ses bijoux ! C’est pas trop mal comme scoop ? »

Si l’on prend chacune de tes nouvelles chansons, on peut se dire comme pour les précédents albums que nous avons tous déjà vécu tes histoires, que nos photos sont les tiennes, y a t’il du déchet quand tu prépares tes chansons, te dis tu que tel ou tel titre n’est pas assez réaliste ?

 

Bénabar : « Je n’ai pas vraiment de déchets. Il y a beaucoup de choses que je met de côté, que je jette mais c’est plus de l’ordre des copeaux que des déchets. Cela fait partie du boulot. Il y a des choses moins bonnes sur le brouillon que je vire mais il y a rarement une chanson terminée qui passe à la trappe. J’assume à priori toutes mes paroles, il n’y a pas de truc craignos que je m’interdit de dire aux gens mais c’est vrai que je passe beaucoup de temps à trouver le bon refrain, le bon couplet. »
En écoutant « Triste Compagne » je me dis que Monsieur Bénabar n’est pas lecteur de Psychologie Magazine et qu’il fait sa psychothérapie grâce à ses disques et ses concerts ?

 

Bénabar : « Je ne crois pas au côté thérapeutique du chanteur. Cela ne résout rien. Tu peux peut être affirmer certaines choses mais tu ne résous pas tes problèmes en montant sur scène. C’est rassurant
d’ailleurs : si tu es heureux avant de monter sur scène et que tu te mets à chanter des titres super tristes tu gardes ta bonne humeur quand le rideau tombe. C’est une parenthèse et cela doit être considéré comme
tel. »
Cela t’arrive justement de monter sur scène en te disant ce soir j’ai pas envie d’y aller ?

 

Bénabar : « De monter sur scène non mais par contre ça m’arrive quand tu arrives en tournée à 11 h du matin dans une loge super froide qui ressemble à un vestiaire de sportif. Là tu peux avoir les boules.
Tu te demandes ce que tu fais là et tu te dis qu’il faut changer de métier mais par contre quand le public est là : jamais jusqu’à aujourd’hui je n’ai été sur scène à contre-cœur. Je serais d’ailleurs
vigilant à ce que cela ne se produise jamais. »
Pour l’avoir vécu encore hier soir, acceptes tu que j’utilise « La Berceuse » pour endormir ma fille ?

 

Bénabar : « Carrément ! cette chanson sert à ça ! »


Ta paternité à changé beaucoup de choses sur ton travail ?

 

Bénabar : « Un peu. Ca se sent un peu dans l’album. Mais bon je te rassure je suis toujours aussi débile qu’avant. »


Par contre il y a un titre où tu ne t’échappes pas par une pirouette c’est « Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise ? » ?

 

Bénabar : « Ce fut une chanson dure à écrire, à assumer jusqu’au bout. Ce côté ‘No Futur’. C’est une vision de la vie que je ne défends pas du tout mais vis à vis de cette chanson il fallait que j’aille au
bout du truc. Je ne pouvais pas, après avoir utilisé le malheur de plein de nos concitoyens, après avoir décrit la misère ambiante, m’en sortir par une roulade de chanteur. »
Envisages-tu le rôle de chanteur comme un moyen de mettre le doigt là où ça fait mal sans pour autant donner de leçons ?

 

Bénabar : « Je souhaite avant tout que le public passe une bonne soirée et dans le meilleur des cas arriver à glisser deux trois trucs pas trop con dedans. Je ne crois pas qu’un chanteur puisse faire
changer d’avis à qui que ce soit et apporte grand chose aux gens. Tu peux par contre conforter les gens qui pensent comme toi, les encourager pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls. »

Que penses-tu des formules à l’emporte pièce des démagos qui nous gouvernent qu’ils soient de droite ou de gauche ?

 

Bénabar : « J’en pense évidemment le plus grand mal. Toutes ces formules qui sont caducs à peine prononcées. »


Tu parles beaucoup de Michel dans ton single « Maritie et Giblert Carpentier » et je présume que ce n’est pas innocent que tu en oublies un ?

 

Bénabar : « (rire) Ce sont des souvenirs de gosses et je tenais à ce que ce soit des gens que j’aime bien. C’est vrai que j’aime pas trop Sardou donc je voulais pas en parler. Ce n’est pas polémique mais c’est
juste qu’il ne fait pas partie des gens que j’écoutais. Bon en plus il ne fait pas partie des gens que j’aime bien au vu de ses chansons fachos. »
La petite lucarne ce fut un moyen de t’évader et de rêver d’être chanteur ?

 

Bénabar : « Pas du tout. C’est un métier que j’ai eu envie de faire tard. Bien plus tard encore je me suis rendu compte de la symbolique de cette période des années 70. »
Bon franchement Bruno, tu penses qu’il y a, comme tu le dis, des choses à apprendre de Claude François ?

 

Bénabar : « Ha ouais ! carrément ! attend rien que le professionnalisme par exemple. Respect du public aussi avec une multitude de shows et de concerts. C’est comme Delpech ou Johnny (et
dieu sait que je suis beaucoup plus éloigné du répertoire de Johnny que de Delpech) ce sont des gens qui sont sur scène tous les deux jours depuis 40 ans. »
L’album tu l’as préparé en 3 mois alors que le premier s’était monté en 1 semaine, plus le temps passe plus cela devient difficile de te renouveler ?

 

Bénabar : « Ca dépend. Il y a certaines choses qui sont plus dures que par le passé alors que d’autres sont beaucoup plus faciles. Disons que les difficultés se déplacent. Avant la difficulté c’était de faire
un album, maintenant la difficulté consiste à devoir défendre des chansons et d’essayer de maintenir un esprit spontané. »

Quand on évoque tes musiciens on parle souvent de « bande à Benabar », est ce que c’est facile de rentrer à l’intérieur ?

 

Bénabar : « Non ! on est très fermé comme toutes les bandes. Même si l’on reste très accueillant, chacun à ses propres copains. On invite parfois certains musiciens mais le principe de la bande qui se referme sur elle-même c’est très sécurisant. »
Dans des interviews tu revendiques le fait de ne pas être spécialement un dévoreur de musique, ni un fou de la mélodie, c’est par provocation ?

 

Bénabar : « Je sais que je suis ignare en musique, maintenant il ne faut pas généraliser j’écoute quand même des artistes et je garde mes oreilles ouvertes. Mais c’est vrai que je ne suis pas très pointu dans mes connaissances musicales. »

Ce qui donne à ta musique quelque chose d’unique et de non assimilable, une liberté totale ?

 

Bénabar : « Cela passe par ça effectivement après tu dois faire attention entre la liberté et l’ignorance. J’essaye comme beaucoup d’en savoir un peu plus chaque jour. Je ne me satisfait pas de mes acquis. »
Tu me rassures sur un point en écoutant « Reprise des Négociations » : les cuivres sont toujours là ?

 

Bénabar : « Oui et j’en endosse l’entière responsabilité. C’est une question de goût. J’adore et j’en mettrais partout ! J’aime ce que cela développe dans un titre. »

Verra t’on un jour une tournée de Benabar avec 10 concerts seulement au lieu de 150 ?

 

Bénabar : « Peut être un jour quand ma carrière déclinera. Ce qui va être le cas prochainement rassure toi ! Je ne suis pas à l’abri d’un désamour du public. Ca fait partie du jeu. »
Bruxelles c’est ton Rio à toi ?

 

Bénabar : « C’est une ville qui me convient. »

Ton franc parlé t’a porté préjudice ?

 

Bénabar : « Pas tant que ça. Il y a des gens qui me détestent mais beaucoup de monde me respecte, même ceux qui ne sont pas toujours d’accord avec ce que je dis, uniquement parce que je suis franc. Cela
m’a plutôt servis d’ailleurs, à ma grande surprise je pensais en débutant que je me ferais plus d’ennemis que d’amis mais ce n’est pas forcément le cas. »
Comme je suis le pire gendre que la terre ait connu et que toi tu poursuis ta gentille séduction des mères de famille, pourrais tu me donner deux trois conseils pour me rapprocher de l’excellence ?

 

Bénabar : « Tu connais l’adage : pour avoir la fille il faut séduire la mère. »

 Pierre Derensy

 

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