Interview : une bière avec Bénabar

Publié le Publié dans Presse 2004

Certes c’est possible… mais peut probable. En effet, il faut absolument s’abstenir de porter des jugements hâtifs, surtout sur ce garçon. Il est réellement doué, capable de conquérir un public en 3 réparties amorcées par sa plume dévastatrice, enfin il mise sur un aspect music-hall trublionaire qui est original et agréable à entendre comme à voir. Il vous sera facile d’en juger sur pièce, car ce CD Live a un petit frère qui n’est autre qu’un DVD au titre fort simple : ‘Bénabar Live Au Grand Rex’.

Ma fille m’a demandé en voyant ton DVD ce que tu mettais dans ton moteur pour sauter partout comme ça ?
« De la musique tout simplement ! L’énergie sur scène quand tu as du monde qui te porte me donne des ailes. C’est très difficile de rester indifférent à tant d’amour. »
Ce live n’est il pas le disque le plus abouti de ta carrière alors que paradoxalement un disque de scène est souvent moins bien torché ?
« On a vraiment cherché à ne pas faire qu’un live. On a mis beaucoup d’ambitions sur ce disque. Je ne sais pas si c’est réussi mais on a essayé de gommer les problèmes de sons inhérent à un disque de scène. Comme nous avons pu l’enregistrer en plusieurs fois dans de très bonne conditions j’espère sincèrement que les gens n’auront pas l’impression qu’on s’est foutu d’eux. Maintenant je ne sais pas si c’est le travail le plus aboutis de ma carrière, ce sont deux choses bien distinctes la scène et le studio. »
Est-ce le fait d’avoir toujours recours aux mêmes musiciens depuis le début qui me permet de dire que c’est un bon album Live ?
« Je suis très fidèle. Depuis plusieurs années je suis accompagné par les mêmes personnes. Mais bon c’est aussi parce qu’ils assurent ! (rire) »
Quand on voit les coulisses de ton spectacle, on s’aperçoit que tu as une véritable famille autour de toi, sans chiqué ?
Bénabar : « Oui j’en ai besoin, autant sur scène que dans le bus. Passant l’essentiel de notre année ensemble c’est important de bien s’entendre ! »
Je sais que vous meublez le temps en faisant des parties de ping-pong, avec toutes ces dates es tu devenu un excellent pongiste ?
« Non ! c’est toujours Bertrand notre guitariste qui nous mets des branlés à tous. »
Si on écoute bien le live on s’aperçoit que tu changes des choses subtiles dans tes chansons ?
« Des fois je change des choses malgré moi car j’oublie les paroles, parce que je me trompe (rire) mais on essaye de modifier des trucs toujours dans l’idée de ne pas refaire ce qui a sur l’album, c’est à dire de revisiter les titres. Ca présente un intérêt pour le public mais aussi pour nous, je ne me vois pas servir uniquement de juxe-box, ce serait lassant pour les deux parties en présence. »
Même si l’on reconnaît que tes concerts sont exceptionnelles de présence, avais-tu une obliguation de sortir un DVD au bout de 3 albums ?
« Au contraire, j’étais plutôt réfractaire au début. Je ne voulais pas sortir un produit histoire de vendre quelques disques de plus. J’étais très méfiant, en plus en tant que consommateur, les live que j’écoutais étaient pour la plupart pour ne pas dire la majorité, mauvais ! Cela sentait la grosse escroquerie fait à la va vite pour exploiter les gens qui aiment l’artiste. On a donc réfléchis dans quelles manières ce disque serait intéressant et apporterait quelque chose, de plus on nous a donné des conditions luxueuses pour le réaliser. Alors j’espère qu’il est honorable et mérite le détour. »
Tes intermèdes sont très importants dans ton show, comment les conçois-tu ?
« Ils ont une importance relative dans ce que je raconte car ce sont souvent de grosses bêtises mais ils sont importants pour détendre le public. Pour faire passer le message qu’effectivement nous faisons de la musique mais que ce n’est pas si important que ça. Il n’y a rien de sacrée. Je n’aime pas l’idée du chanteur sur scène et du public qui applaudit « clap-clap ». Il faut que cela déborde de tout cotés. Le sacralisé m’emmerde sec ! »
La bière est-elle meilleur dans le troquet de tes débuts ou dans les zéniths de cette année ?
« Cela reste de la Kro ! Bien que maintenant je ne bois plus que du champagne ! (rire) »
Le rapport avec les gens quand tu passes d’un bar à une salle de 6000 personnes est-il facile à installer ?
« Je ne suis pas inquiet par la superficie de l’enceinte ou je dois jouer. Le problème ce n’est pas la taille, c’est les chanteurs et les musiciens. Je peux très bien faire un spectacle pourris dans une petite salle. C’est à nous d’assumer, de faire le boulot. Je ne te parle pas de stades mais même les grandes salles restent des salles à taille humaine. Contrairement à ce qu’on peut penser ce sont des conditions très confortables car tu vois bien et le son est bon. Le problème reste sur la prestation quel que soit l’endroit. Disons que je ne suis pas content de moi quand j’ai l’impression de faire ce que j’avais fais la veille. »
Tu donnes une importance à ton costume de scène. Est-ce pour avoir toutes tes chances aux prochaines élections présidentielles ?
« Bien sûr ! Salaud tu m’as démasqué ! Le costume c’est pour avoir un vêtement qui te fait prendre conscience que tu es dans un endroit particulier. Ne pas être habillé comme dans la vie de tous les jours. Pour moi c’est pour me mettre dans un truc en dehors de la vie, rentrer dans un instant particulier, proche d’une métamorphose. Ce qui m’amusait avec celui là c’est à dire le costume bien repassé, c’était d’avoir des vêtements de banquier, style présentateur de télé. Je voulais quelque chose d’ engoncé pour pouvoir le déchirer chaque soirs… ce que je fais très bien du reste. »
Sur ce DVD tu me permets une vengeance sur mes potes : moi qui louait Michel Delpech, depuis toujours j’étais brocardé ?
« Tes potes sont des ignorants qu’est ce que tu veux que je te dises ! (rire) »
Cette chanson ‘Quand j’étais Chanteur’ te fait-elle penser à l’après succès ?
« Elle parle de tout ça mais aussi de la vieillesse. Ce que j’aime chez Delpech c’est qu’il fait des titres tendres, un peu désabusé et toujours bien écrits. »
Sur tes concerts parisiens, tu as aussi fait un duo avec Henri Salvador ?
« Il m’avait pris en première partie de ses concerts lorsque j’étais moins connu, il y avait donc un coté symbolique à l’inviter. C’était normal. »
En mettant ‘José-Jeannette’ sur ton DVD on te voit plus teigneux dans ton écriture, ce qui ne se traduit pas forcement en chanson ?
« C’est une question d’âge. Ce court-métrage je l’avais fait il y a longtemps. Je pense avoir les mêmes idées et les mêmes opinions mais je les exprimes différemment, j’essaye d’éviter le choc frontal. »
Tu as gagné la Victoire de la Musique mais j’aurais aimé savoir à qui tu aurais donné cette victoire si on t’avait laissé le choix de choisir un artiste que tu aimerais récompenser ?
« Surtout à des gens qui n’ont même pas été nominés. Ca va de Thiéfaine à Loic Lantoine. Il y a un paquet de gens qui font de la musique avec grand talent et qui ne sont pas assez reconnus. Je suis bien conscient que la victoire en elle-même ne veut pas dire grand chose. Je n’ai pas la prétention d’avoir fait le meilleur album de variété de l’année. »
Maintenant que tu arrives à la fin d’une tournée, qu’est ce que sera l’avenir de Bénabar, des vacances, le prochain album ?
« Je vais essayer de prendre des vacances et de travailler sur de prochaines chansons. »
Ne vas tu pas être tenté de faire un album sur Blédina, Pampers et le lait Gugoz plus cher que de la dope depuis que tu es papa ?
« Oui je connais bien tout ça maintenant. C’est encore trop tôt pour dire si cela va changer la donne en matière de travail mais je pense que cela va jouer forcement. En même temps, j’ai eu mon bébé pendant la tournée donc je n’ai pas encore été dans « la vraie vie » avec lui…. Ca va commencer la semaine prochaine. »
Le Grand Rex est un ancien cinéma, alors si tu devais choisir entre « La 7e compagnie » où « Il Faut Sauver Le Soldat Ryan » pour te désigner tu prends quel film ?
« La 7e compagnie sans hésiter ! C’est un très bon film populaire. »

Pierre Derensy

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