Y’ A UN TYPE QUI SQUATTE LES CHARTS

Publié le Publié dans Presse 2003
Rock Mag: A l’écoute de “les risques du métier”, on a vraiment le sentiment d’une évolution naturelle de ta musique. Là où certains artistes cherchent à se démarquer de ce qu’ils ont fait précédemment, on a plutôt l’impression que tu cherches à affiner le trait, sans révolution …
Bénabar: C’est effectivement le cas. Cet album est indéniablement dans la continuité du précédent, ça pourrait d’ailleurs presque être un double album ! J’ai tout de même essayé de fouiller certaines choses, notamment sur le plan musical. J’ai, par exemple, beaucoup travaillé avec l’arrangeur et le réalisateur sur les cordes, ce qui n’était pas le cas sur l’album précédent, et l’on a aussi remanié en profondeur notre approche des rythmiques, afin de sortir des schémas habituels de la chanson française, des sempiternels tchac-boum-tchac-boum.
R M: La voix aussi, sans être foncièrement différente, semble plus maîtrisé …
B: Avec les nombreux concerts que j’ai pu faire l’an passé, il devenait vraiment indispensable que je me mette à travailler le chant, pour ne pas trop abîmer ma voix. J’ai appris à la placer, et aussi à la ménager. Naturellement, le travail fourni s’entend aujourd’hui sur le nouvel album.
R M: Apparemment, le fait que certaines personnes puissent découvrir tes morceaux à la radio ou écouter ton album en passant l’aspirateur chez eux te ravit. Tu n’es pas du tout dans la posture classique de l’artiste “maudit” …
B: Je conçois parfaitement qu’il puisse y avoir de la musique très ciblée, de la recherche, mais je suis à mille lieues de cet univers. J’aimerais vraiment réussir à faire des chansons qui parlent aux grands-mères comme aux gamines, des chansons qu’on puisse siffler sous la douche.
R M: Être un chanteur populaire, c’est important à tes yeux ?
B: C’est essentiel. Pouvoir toucher une mère de famille à l’autre bout de la France, c’est quelque chose que je trouves vraiment bouleversant. Mais attention, populaire, ça ne signifie pas obligatoirement la variété insipide qu’on nous balance à longueur de temps ! Par contre toucher simplement le plus de gens possibles fait partie de mes motivations profondes.
R M: Tu trouves qu’il y a parfois trop d’élitisme dans la “chanson française” ?
B: Encore une fois, il faut de tout, je ne suis pas un militant, et ma musique ne se fait pas en réaction à une autre. Mais c’est vrai que certaines poses de poètes torturés ne me parlent pas trop, voire m’emmerdent. Le but, c’est quand même de faire des chansons qui parlent à un maximum de gens. Je connais peu d’artistes qui ne souhaitent pas toucher les gens, qui ne souhaitent pas vendre de disques. Tous ces discours sur la chanson commerciale, c’est absurde, c’est complètement con !
R M: Tu es fréquemment assimilé à cette scène émergente de la “nouvelle chanson française”. Qu’en penses-tu ?
B: Je ne vais pas m’en plaindre, ça me fait bénéficier, à moi comme à d’autres artistes, d’un éclairage que je n’aurais peut être pas s’il n’y avait pas cette dynamique générale. Et puis je me retrouve complètement dans cette soi-disant “nouvelle scène”, même si sous cette étiquette, il y a en fait plein de choses différentes, ça va de Vincent Delerm à Carla Bruni, de Mickey 3D à Louise Attaque, bref, c’est tout de même assez varié. Mais ce sont des gens avec qui je partage certaines choses et dont j’apprécie le travail.
R M: Justement, as tu des affinités avec certaines personnes de cette scène ?
B: Je connais Sanseverino depuis pas mal de temps, on a un peu le même parcours, et je connais bien Delerm aussi, ce sont des personnes avec qui je m’entends bien, et être comparé à eux est plutôt flatteur, même si nos musiques respectives n’ont pas grand- chose à voir.
R M: Et des artistes plus confirmés ? Tu as des références parmi les figures tutélaires de la chanson française ?
B: Bien sûr, certains grands auteurs, comme Renaud, par exemple, sont pour moi des exemples. J’apprécie aussi beaucoup tout un pan de la variété des années 70, cette chanson populaire de qualité, les Souchon, Baschung, Jonasz. J’aime vraiment ces belles chansons bien faites, je suis très admiratif de tout ce courant, mais je n’ai pas de souci avec mes grands aînés. Je n’ai pas de complexe d’infériorité, ni d’envie de me mesurer à eux. Je sais que j’ai piqué des trucs à Renaud, mais c’est normal quand tu fais de la musique après lui, comme lorsque tu en fais après Brel ou Brassens. J’assume parfaitement, pas la filiation, car ce serait vaniteux de ma part, mais la continuité avec ces références.
R M: Cela se ressent d’ailleurs dans ta musique, mais aussi dans tes textes, ancrés dans une certaine réalité. Le quotidien semble être ta principale source d’inspiration …
B: Bien entendu. Et l’influence de Renaud, une fois de plus, à ce niveau, comme à d’autres, est évidente. Cette façon de parler de chose relativement commune, mais en élargissant toujours à quelque chose de plus universel, j’adore. Et toujours de manière très simple. Quand on écoute certaines chansons de Renaud, on a vraiment le sentiment que cela a été écrit sur un coin de table en dix minutes, mais si on commence à décortiquer, on se rend évidemment compte qu’il n’en est rien et que cela représente un boulot énorme. Et puis j’aime aussi cette façon de parler de la vie de tous les jours, de ces choses simples qui n’en sont pas moins symboliques, de ces situations courantes qui recèlent en réalité de multiples sens, et qui touchent finalement à l’essentiel.

Propos recueillis par Jan Fiévé

Laisser un commentaire